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Séminaire commun des masters Science des Territoires Carthageo & Geoprisme : 18-19-20 Février 2014

Les mobilités qui construisent l’espace. Lectures croisées.

Séminaire de recherche organisé par Anne Bretagnolle (M2 GéoPrisme) et Antonine Ribardière (M2 Carthagéo)

Institut de Géographie, 191 rue Saint-Jacques, Paris 5e  & Halle aux farines, Université Paris Diderot, 10 rue Françoise Dolto, 75013 Paris –

OBJECTIFS DU SEMINAIRE

Ce séminaire s’inscrit dans le parcours de formation des étudiants de deux Master 2 en géographie,Carthageo et GéoPrisme. Il s’accompagne d’un travail en amont (préparation de la discussion qui a lieu à la fin de chaque demi-journée, à partir dela lecture d’articles ou chapitres d’ouvrages envoyés à l’avance par les intervenants) et en aval(rendu de fiches de synthèses décrivant le déroulé de chaque conférence/discussion). Le temps de parole laissé aux intervenants est volontairement élevé, ce qui permet une qualité et une profondeur d’écoute et d’échange. Les intervenants sont sollicités généralement en dehors de la sphère habituelle des laboratoires de recherche adossés auxmasters (UMR Géographie-cités, UMR Prodig, Laboratoire COGIT) : ils travaillent sur des champs disciplinaires autres (économie, ethnologie, histoire, archéologie etc.) ou dans des laboratoires situés en province, à l’étranger,adossés à d’autres PRES. Le th ème du séminaire change chaqueannée.

Mardi 18 février. Accessibilité à l’emploi et formes urbaines

(Halle aux Farines, Salle 580 F, 10rue Françoise Dolto 75013)

14h30-15h15 : Guillaume Pouyanne (Maître de Conférences en Sciences Economiques, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Laboratoire GREThA) « Forme urbaine et mobilité quotidienne. Uneapproche par les coûts de la mobilité »

15h15- 16h : Sandrine Wenglenski (Maître de Conférences en Urbanisme-Aménagement et Sociologie à l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée, Laboratoire Ville, Mobilité, Transport) « Des pratiques aux potentiels de mobilité domicile-travail. Le cas de la région parisienne(1990-1999) »

16h00 – 16h30 : Florent Le Nechet (Maître de Conférences en Aménagement à l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée, Laboratoire Ville, Mobilité, Transport) « Pratiques de mobilité quotidienne et formes urbaines : une comparaison européenne »

16h30-17h30 : questions et discussion

Mercredi 19 février. Appréhender les marges et les frontières : défis théoriques et méthodologiques

(Institut de géographie, Nouvel Amphithéatre, Hall)

14h30-15h 30 : Michel Agier (Directeur de recherche à l’IRD et Directeur d’études à l’EHESS en ethnologie et anthropologue), « Le devenir-ville des campements, le devenir-citadin des migrants. Réflexions sur le sujet urbain »

15h30- 16h30 :Serge Weber (Maître de Conférences en Géographie à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Laboratoire Ville,Mobilité, Transport) « Approches transnationales de la migration et gouvernement de la mobilité »

16h30 – 17h30 : questions et discussion

Jeudi 20 février. Individu mobile : nouvelles sources, nouvelles méthodes, nouvelles pratiques de la géographie

(Institut de géographie, salle 402)

14h30-15h 30 :Mathieu Noucher (Chargé de recherche au CNRS, Laboratoire ADESS – Aménagement, Développement, Environnement, Santé et Sociétés, Bordeaux), « Des contributeurs aux citoyens-capteurs, enjeux et usages des nouvelles formes de fabrique cartographique »

15h30 -16h30 :Julie Fen-Chong (Maître de Conférence à l’universitéde Bourgogne, Dijon – Laboratoire ThéMA), « Révéler les mobilités au sein de la ville à l’aide de données de téléphones portables »

16h30 – 17h30 : questions et discussion.

Entrée libre dans la mesure des places disponibles –

contacts : anne.bretagnolle@parisgeo.cnrs.fr    et  a.ribardiere@gmail.com

Pour remettre en perspectives Marseille, Capitale Européenne de la Culture (Travaux d’étudiants, Géoprisme, Villes et Territoires d’Europe)

Travail réalisé par Brenda Le Bigot et Sylvestre Duroudier dans le cadre du projet de la filière « Villes et Territoires d’Europe » en janvier 2012.

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Compte-rendu du séminaire commun Carthageo-Geoprisme par les étudiants

Nous publions ici un compte-rendu des séances du séminaire commun aux masters SDT-Carthageo et SDT Géoprisme réalisé par quatre étudiants de GéoPrisme.  Il permet d’illustrer le partenariat entre les deux formations et aussi de souligner à quel point l’opposition entre master « professionnel » et « recherche » est factice.

LE TEMPS LONG DES VILLES : REGARDS CROISES EN GEOHISTOIRE ET GEOARCHEOLOGIE

Comptes-rendus du mercredi 20 février 2013

Dorian Bernadou, Fanny Bertry, Lucie Nahassia, Adrien Tasinato

(1) La fabrique urbaine de Paris : les apports du SIG ALPAGE.

 Conférence présentée par Sandrine Robert et Laurent Mirlou

Présentation du SIG ALPAGE et premières analyses morphologiques (Sandrine Robert).

Le SIG ALPAGE (AnaLyse diachronique de l’espace urbain PArisien : approche GEomatique) est le résultat d’un programme de recherche ANR débuté en 2006 et achevé en 2010. Il fédère plusieurs chercheurs et instituts : des archéologues et historiens (LAMOP, ArScAn), des géomaticiens (LIENSs) et des informaticiens (L3i). Le SIG, disponible en accès libre sur une plateforme webmapping (http://alpage.tge-adonis.fr/index.php/fr), permet de superposer le Paris actuel avec le Paris du XIXème siècle. Le principal support pour la constitution du fond commun est le plan Vasserot (1810-1836), premier cadastre parcellaire de la ville, sous forme d’Atlas, géoréférencé à partir de ses 912 feuilles. D’autres sources historiques ont également été utilisées pour localiser des données spatiales, notamment des textes historiques (censives ou limites de paroisses, par exemple à partir des écrits de Grégoire de Tours).

L’objectif du projet est de pouvoir conduire des analyses des dynamiques de transmission des formes d’organisations spatiales dans la longue durée – définit comme « archéogéographie ». Les chercheurs se réfèrent notamment aux travaux sur la « fabrique urbaine » : cette notion repose sur une interaction entre des stratégies sociales (sans action directe à créer de l’urbain, c’est-à-dire de la densification et de la diversification) et une structure matérielle en partie héritée (parcellaire, voierie, bâti). Le projet a ainsi permis de restituer finement le tracé des enceintes anciennes dans le parcellaire du XIXème. Plusieurs informations morphologiques sur la ville de Paris ont été obtenues à partir de premières analyses effectuées à l’aide du SIG : repérage sur la rive droite d’une orientation dominante à 60-74°E du parcellaire (axe Saint-Jacques/Saint-Martin et la Seine) ; caractérisation de la rectangularité des parcelles qui permet d’observer une résilience du parcellaire ancien malgré les percées haussmanniennes (conflits de formes) et des espaces de planification (île Saint-Louis/île de la Cité) ; constat d’une élongation des parcelles le long des axes denses, résultat d’une concurrence pour un accès sur la rue (rues Saint-Jacques et Mouffetard, axe de la Bièvre). La reconnaissance de formes dynamiques et résilientes dans le temps permet d’étudier le développement urbain divergeant entre la rive droite et la rive gauche.

L’eau dans la fabrique urbaine (Laurent Mirlou).

 Dans la seconde partie de la conférence, Laurent Mirlou présente deux exemples de travaux morpho-archéologiques sur Paris à partir du SIG ALPAGE (travaux en cours) : (1) l’héritage urbain de l’ancien cours de la Seine en rive droite (résilience, rythmes d’urbanisation) ; (2) le rôle des fontaines et des puits dans la construction urbaine parisienne.

L’héritage urbain de l’ancien cours de la Seine.

Cette étude porte sur une lecture de l’empreinte laissée au cours du temps par l’ancien méandre de la Seine (paléoméandre). Quel héritage dans les espaces seigneuriaux, l’occupation et l’utilisation du sol, l’urbanisation ? La lecture de cet héritage est faite à différents moments qui permettent de mettre en lumière plusieurs étapes cruciales dans l’occupation de la rive droite liées à l’évolution du lit de la Seine. À la fin du IXème siècle, la mise en culture des marais par l’église Saint-Opportune accélère l’urbanisation de la rive droite en libérant des terres dans la tâche urbaine. Du XIIIème au XIVème siècle, s’établit un réseau de fossés de drainage qui seront régularisés sous la forme des « égouts de Paris » vers 1380. L’exutoire loin en aval, particulier à la rive droite, est un indice de la forte urbanisation. Le bon fonctionnement des égouts, recouverts au XIXème, augmente alors la valeur foncière du paléoméandre. Le plan contemporain hérite de cette organisation ancienne avec un tracé non pas cohérent, mais tantôt à l’aplomb, tantôt longeant l’ancien canal, et construit au fur et à mesure. Le « corridor fluviaire » est une ceinture urbaine dont la cohérence provient d’une requalification du paléoméandre entamée dès le IXe siècle ; c’est un potentiel réifié par des pratiques sociales plutôt que par un déterminisme géologique. Ainsi, si les espaces ont changé de statut au cours du temps et si les contextes technologiques et socio-économiques sont différents, l’époque moderne ne remet finalement pas en cause l’aménagement de la rive droite de la Seine depuis le IXème siècle, voire même les développent, les consolident.

Les fontaines et puits dans la structuration de l’espace urbain.

Le croisement de données archéologiques, géographiques et textuelles et le SIG ALPAGE permettent une étude des fontaines et des puits dans Paris intra-muros aux XVIème et XIXème siècles. Les analyses montrent que les fontaines et les puits au XVIème siècle sont plus nombreux sur la rive droite de la Seine. Plusieurs explications sont mises en avant : le nombre plus important de sources d’alimentation en rive droite qu’en rive gauche, à lier à la profondeur inégale des nappes d’eau ; la présence des établissements religieux, qui sont souvent à l’origine de leur construction ; le défilement du cortège royal rue Saint-Denis (axe d’entrée du roi dans Paris) qui pousse à construire des fontaines pour le decorum (grandeur, prestige royal). Le SIG ALPAGE permet aussi de mettre en évidence une correspondance entre la densité des puits et les périmètres des enceintes urbaines médiévales, ou entre la présence des fontaines et le petit parcellaire pré-industriel du début du XIXème siècle. L’eau est un marqueur essentiel de l’urbain et permet d’ouvrir de nouvelles perspectives de recherche sur la construction de Paris.

Discussion.

Est-ce que certains organismes d’urbanisation, de planification urbaine, d’aménagement, ont déjà utilisé le SIG ALPAGE ? (Etudiants Carthagéo)

L’objectif de la plateforme en ligne est précisément de donner l’accès au SIG à un maximum de personnes. Des demandes par des avocats parisiens ont été effectuées concernant le parcellaire et des questions de droit. Les Eaux et assainissement de la ville de Paris sont quémandeurs de données sur l’eau dans le but de construire un atlas parisien de l’eau (projet horizon 2100). De plus, il y a de nombreux échanges avec l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) pour les bases de données et la construction du SIG.

Dans l’analyse morphologique, l’orientation Est de la ville (60-74°) est mise en avant : comment expliquer cette orientation ? (Géoprisme)

L’organisation de la ville se structure en effet autour de trois principaux axes : la Seine, la rue Saint-Martin et la rue Saint-Jacques, qui reproduisent les axes de grande circulation (route de Melun, route de Chartre – rue Vaugirard). Des fouilles archéologiques ont permis de mettre en avant cette orientation Est de grands bâtiments déjà sous la période antique, mais le plan de Paris est très mal connu pour cette époque. Il y a sans doute une organisation de type romaine sans pouvoir être tout à fait sûrs de pouvoir parler d’un cardo et d’un decumanus.

D’autres sources que le Plan Vasserot pourraient-elles permettre de construire le SIG sur une période antérieure aux XVIIIème-XIXème siècles ? (Géoprisme)

Nous disposons d’une étude sur les impôts de 1300 à partir de laquelle il est possible de construire une base de données ou géocoder les adresses à partir des circulations de ceux qui récoltaient la taille. Il existe un plan de 1380, restitué par des chercheurs, mais ce plan n’est pas géométrique ni continu sur l’ensemble de la ville de Paris. La construction du SIG nécessitait un plan géométrique, et le Plan Vasserot est le premier utilisable.

L’élongation des parcelles n’est-elle pas, en sus de la concurrence pour l’accès à la rue, expliquée par le partage successoral ? (Anne Bretagnolle)

Nous pensons que ce facteur explicatif est plus significatif en milieu rural qu’urbain. Nous nous sommes basés ici sur le type d’activités exercées dans les rues.

Peut-on vraiment considérer le passage du roi dans la rue royale, évènement très ponctuel et inégal selon les périodes (quand le roi habitait à Versailles, il ne passait plus par Paris), pour expliquer la durabilité du développement des fontaines ? (Anne Bretagnolle)

Le passage royal a soutenu plus qu’impulsé la création des fontaines. La rue Saint-Denis n’était pas uniquement utilisée comme lieu de cheminement du roi quand il rentrait au Louvre : c’est un axe royal par excellence, où le cortège royal défilait également lors des différentes cérémonies et grands évènements. Les fontaines y étaient alors une marque de grandeur et de prestige mais également des points d’animation, où s’installaient par exemple des petits spectacles.

Peut-on parler d’un passage différentiel de développement d’occupation, de densité, de population, par un basculement de « centralité » ? (Myriam Baron)

La ville antique était installée sur la rive gauche, tandis qu’au Moyen-âge le développement se fait plutôt sur la rive droite : l’autorité royale et les activités marchandes (les halles) sont implantées rive droite. Au XIIème siècle, le basculement a déjà été effectué, il ne fait que s’amplifier.

Comment en êtes-vous arrivés à utiliser ces méthodes (outils de la géomatique) dans vos travaux d’archéologues ? (Antonine Ribardière)

Les archéologues se sont intéressés aux SIG très tôt (dès les années 1990), car leur discipline est intrinsèquement spatiale (nécessité de localiser très précisément les sites d’intervention, par exemple). La formation a d’abord commencé dans l’équipe « archéologie territoriale » de Tours. Le plus dur dans ce projet a été de faire collaborer les historiens qui n’étaient pas du tout formés aux SIG.

(2) Temporalités urbaines et résiliences

 Conférence présentée par Géraldine Djament-Tran

Temporalités urbaines et résilience : la progressive convergence de deux champs scientifiques.

La réflexion sur la résilience – entendue assez largement comme la capacité d’un système à récupérer après une forte perturbation –  s’inscrit dans une perspective géo-historique, proposant une analyse socio-spatiale des temporalités. L’objectif est une réflexion sur les temporalités urbaines à travers la question de la résilience, à la fois en termes historiques et de géographie urbaine. Géraldine Djament-Tran revient sur le développement historique du concept de « résilience », d’abord en physique des matériaux (Charpy, 1901), il s’agit alors de parler de la résistance d’un matériau aux chocs, aux ruptures brutales ; puis en psychologie (B. Cyrulnik) où le terme désigne le fait de ne pas se laisser abattre ; enfin en écologie (Holling, 1973) et en géographie, – notamment des risques – où le terme désigne la persistance d’un système (Dauphiné Provitolo, 2007). Elle rappelle également que la disjonction initiale entre résilience et temporalité urbaine peut sembler, de prime abord, paradoxale, car la résilience est liée aux temporalités à plusieurs échelles. On peut en effet penser la résilience des systèmes de villes dans le temps long comme une des formes les plus innovantes de l’humanité (Archéomedes, 1998) et en même temps considérer la loi de persistance du plan (Lavedan, 1926) comme une forme de résilience.

D’abord distinctes, temporalités urbaines et résilience convergent au sein d’un paradigme interdisciplinaire commun : la théorie des systèmes dynamiques auto-organisés. Dans les années 1990-2000, la géographie urbaine, par un « tournant temporel », s’inscrivant dans le tournant « historique » des sciences humaines, s’intéresse aux dynamiques (Hervé Théry, Alain Reynaud, C. Grataloup, B. Elissade). Le croisement de l’Analyse Spatiale et de l’histoire permet alors de penser les formes spatiales dans le temps, ce qui amène par exemple Hervé Théry à penser les chrono-chorème, ou encore les paléo-chorème (adaptation des chorèmes de R. Brunet de manière historique). Pour Géraldine Djament-Tran, le tournant en termes de diffusion internationale de la résilience se situe en 2001 avec les attentats du 11 septembre aux États-Unis, puis la publication de l’ouvrage The resilient city (2005), qui invite notamment à penser la « ville résiliente », et se prolonge en 2004 avec le rapport Living with risk qui fait passer la stratégie internationale de prévention des catastrophes de la vulnérabilité à la résilience et débouche sur le Cadre d’action de Hyogo (2005-2015) « Pour des nations et des collectivités résilientes face aux catastrophes ».

 La résilience, un concept heuristique et/ou problématique pour aborder les temporalités urbaines.

 La résilience est présentée comme un tournant majeur dans l’appréhension du risque urbain : c’est penser le temps de l’après-perturbation. La résilience s’inscrit dans une évolution de la pensée du risque en trois temps : le temps probabiliste de l’aléa – penser l’impact du temps de la nature sur le temps des sociétés – ; la question de la vulnérabilité dans les temporalités sociales (années 1970-1980) – la capacité à subir des dommages dépend d’une part des structures sociales et d’autre part des temporalités sociales – ; enfin la résilience et le régime d’historicité présentiste – question de l’urbanisation du monde, de la multiplication des catastrophes –. La résilience indique la fin du « mythe du risque zéro » : on admet la possibilité que des catastrophes et des perturbations puissent se produire. La catastrophe n’est alors plus pensée comme inéluctable mais est intégrée au présent, à la temporalité urbaine, et on essaie d’en limiter la portée. Deux dilemmes temporels se posent néanmoins vis-à-vis de la résilience : est-elle réactive ou proactive ? La résilience fonctionne-t-elle par réaction à un événement catastrophique ou par anticipation, notamment par le développement d’un ensemble de politiques de mémoire ou de la culture du risque. Par ailleurs, la résilience est-elle a priori (résilience comme propriété) ou a posteriori (résilience comme processus) ? La résilience a priori pose cependant le problème de l’essentialisation du risque, certains individus seraient plus vulnérables que d’autre par définition, et engage également le risque du désengagement de l’Etat. Géraldine Djament-Tran défend une résilience a posteriori car un recul est nécessaire pour qualifier une situation de résiliente. Reste cependant l’interrogation sur la quantification de ce temps de recul nécessaire.

La caractérisation des temporalités contemporaines en termes de résilience pose un problème d’échelle temporelle et de temps de référence. L’objectif pour la ville est de « récupérer », mais « récupérer » par rapport à quelle situation ? À l’état antérieur à la perturbation (mais cet état n’était pas optimal puisqu’une catastrophe a pu subvenir) ou à un état d’ « équilibre » (mais lequel ?) ? Après la Seconde Guerre mondiale et la nécessaire reconstruction des villes détruites par les bombardements, deux villes ont opté pour des solutions de « récupération » différentes : à Varsovie, la reconstruction s’est faite sur les plans de la ville d’avant les bombardements alors qu’au Havre, la reconstruction architecturale de la ville a valorisé un style fonctionnaliste nouveau. L’autre problème concerne le temps de référence en aval : combien de temps est nécessaire pour pouvoir parler de « résilience » et jusqu’à quel moment peut-on dire d’une ville qu’elle est résiliente ?

Par ailleurs, les temporalités de résilience varient aussi en fonction des échelles spatiales, les différentes parties d’une ville (bâtiments, quartiers, etc.) ne récupéreront pas en même temps. De même, la métropolisation induit une contraction de l’espace temps du risque et de la résilience. Les grandes villes ont leur échelle locale connectée au réseau mondial, les événements peuvent alors avoir des effets locaux mais aussi sur tout le système. La question de ce qu’est une ville meilleure (après catastrophe) reste également ouverte. Est-ce une ville plus forte, plus juste, plus sûre ? (cf. les travaux de J. Hernandez).

Conclusion.

La résilience est présentée comme une nouvelle façon d’aborder les temporalités urbaines. Cependant, c’est un concept heuristique plus que descriptif, qui pose de très nombreux problèmes temporels et scalaires.

En prospective, Géraldine Djament-Tran présente plusieurs pistes de recherche pour « historiciser » la résilience : étudier la résilience de longue durée ; étudier les réactions des sociétés passées aux catastrophes ; étudier la multi-temporalité de la résilience (phénomènes de rejeux et d’apprentissage, relations entre patrimoine et résilience).

Discussion.

En ce qui concerne la résilience métropolitaine, vous évoquez deux scénarios : (1) une compétition internationale qui affaiblit la résilience de la ville ; (2) une mobilisation du réseau des métropoles. Dans lequel de ces deux scénarios croyez-vous personnellement ? (Géoprisme)

Il s’agit en effet d’un domaine de recherche en cours donc il est difficile de répondre de manière définitive. La métropolisation pose un enjeu en termes de contraction de l’espace-temps. La métropolisation comme nuisance à la résilience consiste en une compétition entre les villes : en cas de catastrophe les autres villes en profitent pour se débarrasser de leurs concurrentes. Par exemple, en cas de crue centennale de la Seine et de dysfonctionnement économique du quartier, la Société Générale a prévu de déplacer son siège social à Londres. Par ailleurs, on peut avancer un autre scénario de partenariat et de mobilisation des grandes entreprises du monde qui n’ont pas intérêt à ce que telle ou telle métropole disparaisse. La métropolisation favorise alors la résilience grâce à une mobilisation transscalaire des ressources. Les deux scénarios sont tout aussi crédibles et peuvent se succéder.

Vous avez montré les nombreuses difficultés à articuler les échelles d’analyse et les temporalités. Quelle articulation est envisageable entre le niveau inter-urbain/urbain et le niveau international/régional ? Quelles pistes peuvent être avancées pour articuler la question de la résilience entre ces différentes temporalités ? (Myriam Baron)

Cette articulation entre une échelle urbaine et une échelle internationale est en effet un grand enjeu, et cette circulation n’est pas facile. Cette articulation du local et du global renvoie à l’idée de « glocalisation », comment un événement peut se diffuser du local au global et inversement. Cette idée renvoie à la métropolisation. Par exemple, la crue centennale qui pourrait toucher Paris aurait non seulement un impact pour la région métropolitaine mais également pour la France et le réseau métropolitain connecté à Paris. Une hypothèse possible est de suivre une résilience des réseaux en l’articulant à la résilience des territoires. Des projets de travaux pour comprendre la gestion du risque à Paris et à Londres sont envisagés par plusieurs chercheurs.

Sandrine Robert fait remarquer que le concept de résilience est très utile à l’archéogéographie, il y désigne la transmission des formes dans le cadre d’un changement plus large, tant spatialement que temporellement. Le changement n’est pas forcement négatif. La notion d’échelle y est aussi très importante.

Y a-t-il un seuil dans la taille des villes pour qu’il y ait résilience ? (Carthagéo)

Il n’y a pas assez de données pour en déterminer un, mais ce n’est pas ce qui est important. Ce qui compte ce n’est pas le nombre d’habitants, mais ce que la résilience signifie pour le système social derrière la ville. La résilience urbaine n’est pas forcément bonne, parfois il vaut mieux reconstruire ailleurs. Par exemple la ville de Saint-Pierre, complètement rasée par l’éruption de la montagne Pelée en 1902, a fini par se reconstruire petit à petit, mais elle a perdu toutes ses fonctions à l’avantage de Fort-de-France.

La résilience apparaît comme un transfert en géographie au mettre titre que la théorie fractale, la théorie du chaos, etc. La différence est que la résilience indique un transfert de concept mais il semble que ce soit sans outils exploratoires ou méthodes nouvelles. Qu’apporte de plus le terme de « résilience » par rapport au concept de « capacité d’adaptation » ? (Anne Bretagnolle)

Le terme de « résilience » est plus riche que le concept d’ « adaptation » : il y a une ambiguïté plus riche dans « résilience » qui peut aussi être une résistance à une perturbation, ce qui est différent de la  capacité d’adaptation.

Par ailleurs, la problématique de la résilience peut être abordée sans utiliser le concept lui-même.

Séminaire de recherche commun Geoprisme / Carthageo (Février 2013)

Le séminaire Recherche s’est déroulé durant trois demi-journée, en février 2013, autour de la thématique « Le temps pour les géographes: conceptions, modélisations, représentations ». Les chercheurs invités étaient Menno-Jan Kraak (université d’Utrecht), Anne Ruas (IFSTTAR), Sandrine Robert (EHESS), Laurent Mirlou (doctorant Arscan), Géraldine Djament (Université de Strasbourg), Gilles Van Hamme (IGEAT, Bruxelles) et Ludovic Halbert (LATTS). Le programme est disponible en ligne et les étudiants ont rédigé un compte rendu des séances accessibles sur ce site.